ATELIERS PIERRE LAFON

Architecture - Landscape - Civil engineering

0.0
Essais / performances
Trials / Performances
Date: 
2005 - 2010
Site: 
Brittany / France

Parallèlement à la pratique de projet, des actions éphémères, in-situ, des essais et des prototypes dynamiques explorent les dimensions phénoménologiques du monde où nous vivons. Il s'agit d'associations, de centre d'arts, d'ateliers de recherches liés aux universités ou écoles d'art, ou plus simplement dans la mise en place d'un partenariat original avec les collectivités locales ou entreprises au moment des chantiers.

Quelque soient la configuration de ces ateliers, les stades des études et réalisations, les dimensions en "temps réel" de ces action, permettent une implication directe et spontanée des participants. Elles placent ces manifestations dans la dimension vécue d'une vie sociale commune. Dans ce sens, ont été mis en oeuvre de façon individuelle ou collective différentes pratiques destinées à sonder les évolutions et les mutations de notre environnement.

Si l'attraction culturelle exercée par les hyper centres correspond à des oeuvres, qui répondent au concept "d'exposition", il est des réalisations et des actions qui par leur dimension expérimentale nécessitent plus de retenue, afin, en tant qu'action expérimentale et prototypique, de faire la part belle à ce qui vient se faire dire . . . à l'incertain et à l'imprévu. Dans ce sens, les "essais et prototypes" in-situ explorés ici, concernent davantage: les "entre-deux", les délaissés, les marges et les périphéries urbaines, et cela, non pas, par un désintéressement pour les centre-villes, mais considérant que c'est dans les entre-deux et les marges, (par exemple l'estran ou les milieux insulaires) que les dimensions dynamiques d'un réel en mutation sont susceptible de se manifester avec le plus de lisibilité et que la géographie sous-jacente parfois masquée par l'histoire récente de la ville refait surface en donnant aux projets urbain une profondeur et des horizons oubliés.

La Maison des Déshérités

Pour la commune de Plougonver, dans le contexte d'une sensibilisations de la commune à l'art contemporain, et dans la perspective d'accueil, d'actions artistiques in-situ, en concertation avec Didier Pidoux, paysagiste conseil au CAUE 22, pour la Mission "Nouveaux commanditaires de la fondation de France"*, nous avons mis en place dans le cadre de l'atelier de recherche et de création "DELOCALISATION des PRATIQUES PLASTIQUES" une expérience fondamentale, pour réactiver des espaces significatifs délaissés en centre bourg. La collectivité locale a ainsi été sensibilisée à des actions en corrélation avec des enjeux de l'art contemporain. La "MAISON des DÉSHÉRITÉS" est une maison aujourd'hui communale, délaissée en centre bourg. Cette maison a accueillie en différentes périodes de l'histoire les "déshérités" de la commune, comme "Jean La Vache", et d'autres, qui vers la fin de leur existence n'avaient plus de moyens autonomes pour survenir à leur besoins fondamentaux. La performance "HABITER LA MAISON DE PLOUGONVERT" en mettant cette demeure "à disposition" réinitie usages et partage de cette maison entre les membres de la collectivité. Dans le contexte de l'ARC** "Atelier de délocalisation des pratiques plastiques" de L'EESAB***. Après nettoyage complet et rénovation, les habitants de la commune ont été invités à apporter un objet pour rendre à nouveau cette maison habitable et disponible selon un calendrier géré par l'association. Le rituel de donation a été organisé de telle que sorte que chaque personne du village entrant dans la maison a été photographiée avec son objet, et il a ainsi été constitué, non seulement un catalogue registré d'objets disponibles pour les futurs occupants, mais aussi à un moment de l'histoire de la commune, une collection de portraits des villageois. Cette action a sensibilisée la commune à la valeur symbolique de cette maison, ainsi la Fondation de France a-t-elle trouvée un terrain favorable pour inviter l'artiste Claude Léveque, qui a assuré ici en prolongement de ces actions, une conception artistique durable. Dans l'installation de Claude Léveque, certains éléments des actions prototypes ont été maintenues, notamment: les mobiliers "en suspension" dans une maison en état de veille. (Production: Commune de Plougonver,  C.A.U.E. 22. Conception: .Atelier de Recherche et de création, ERBAR 2008).

"L'entre-deux", Dromesco

Entre Nomades et sédentaires les limites du campement Dromesco constituent un "entre-deux", soit un espace significatif des équilibres et tensions entre ces différents modes de vie. Au coeur de la cité nouvelle et ordonnée sur le modèle du plan CERDA de Barcelone, à Saint-Jacques de La lande, le campement Dromesco occupe un "délaissé volontaire" prévu par les élus: Il s'agit d'un espace non aménagé au coeur de la nouvelle cité. Anciens bâtiments de ferme, potagers et baraques de planches dessinées par Patrick Bouchain**** sont dédiés aux représentations de la compagnie d'Igor et Lily Dromesco. Considérant la nature des spectacles de la compagnie DROMESCO, faisant appel à nombre d'artistes étrangers, accueillis dans des roulottes et conteneurs existant sur le site ou résidant dans leur propre véhicule, la conception d'une clôture du site a été réalisée au regard de cette cohabitation entre nomades et sédentaires. Ainsi, les clôtures de planches, inspirées de "BARAQUES SCÉNOGRAPHIQUES" aux volets escamotables, de P. Bouchain, constituent un dispositif scénographique pour l'ensemble du site, l'ensemble du territoire devenant à son tour "une BARRAQUE à CIEL OUVERT". Ainsi, lors des saisons de représentation, à l'arrivée des artistes nomades de la compagnie, la clôture de planche, formée de panneaux mobiles, en vis à vis des constructions récentes, se rabat pour former des terrasses pour les résidents des caravanes. Une fois les caravanes reparties, les panneaux sont repositionnés verticalement et reforment une clôture qui pourra localement s'escamoter pour constituer un dispositif scénographique de praticables obliques et trémies de projections. La réalisation de ce prototype a été l'occasion de performances destinées à explorer les potentialités de cet outil scénographique "territorial", et ses développements imaginables. (Production: Ville de Saint-Jacques de la Lande, Campement Dromesco. Conception: .Atelier de Recherche et de création ERBAR et association dirigée par Elise Guihard et Johann Praud 2007).

Tectonique en baie du Mont Saint-michel

Il s'agit d'investigations explorant les différents états de la "bauge" (formations de vases) en Baie du Mont-Saint- Michel. Ces expérimentations in-situ ont consistées à explorer les dimensions tectoniques et dynamiques de cette matière qui a longtemps servie pour les constructions en pisé des fermes et habitats avoisinants et qui connait aujourd'hui, a cause de l'évolution des pratiques de la baie, des mutations significatives. Les textures de sols ont été explorées dans leur caractéristiques, dynamiques: formation de strates "ardoisières" à chaque nouvelle marée, piège pour les matières apportées par la mer, notamment les "bouts" des  Mytiliculteurs . . . ainsi que les dépressions, accumulations et glissements des matières en constante formation dans les marécages au-delà des dunes.  Réalisé en amont de l'installation du projet "RELÂCHE" théâtre le quai à Angers (Projet 41.1/2), cette action a permis de poursuivre une démarche qui considère matériaux pierreux et biotope dans un ensemble interdépendant, par exemple la conception d'une scène flottante (41.1) susceptible d'accueillir autant les limons charriés par la rivière qu'en front de théâtre, les protagonistes d'un spectacle dédié à la rivière. 

Sur la route

Au delà d'un hommage au poête Jack Kerrouac, "sur la route" est une performance de trois journées consécutives menées avec l'appui du FRAC Pays de Loire, en synergie avec le groupe OXYMORE de Nantes. Il s'agissait entre autre, au contact du réel et d'une expérimentation de vie in-situ sur trois 3 journées et deux nuits,  d'affiner par l'expérience, les présupposés théoriques et repérages superficiels d'une étude d'urbanisme concernant les mutations de  "la contournante" (périphérique de Nantes). Cette action questionne nos modes d'investigations "in-situ" en donnant la part belle, au-delà des approches théoriques, "au vécu", et  à ce qu'à l'instar des travaux de certains ethnologues "ethnologie participante"  ou tel les pratiques de  Marcel Mauss,  Jean Malaurie . . . Jean Rouch, nous ont appris dans l'importance donnée à l'expériences et au contact  avec des sites et des peuples qu'ils ont fréquentés. (Production Oxymore, Conseil Général de Loire Atlantique).

48h

Il s'agit d'une performance d'improvisations scénographiques sur 48 heures non-stop menées à L'ERBAR avec l'appui des artistes Fatima Rojas (poésie-sonore), Hiromi Kashiwgi, (photo-video) et Laurent Peduzzi (Scénographe). Après avoir enregistré pour chaque participant et/ou protagoniste, 5 objets, sur les bases de ce matériel disponible, augmenté des outils traditionnels de la scénographie (équipements lumière et sons), l'action a consisté à vérifier en temps réel et dans un contexte favorable à l'improvisation, différents concepts d'espaces et d'organisations sociales. La notion d'Essais et de Prototypes, chère aux recherches de l'atelier, prennent ici une dimension ou observateur et observé se fondent dans un ensemble holistique. (Production C.N.C.D.B. Conception: Atelier de Recherche et de création ERBAR).

Terrain gonflable

Dans le contexte d'un programme de centre cultuel au sein de la ville nouvelle d'Evry-Courcouronnes près de Paris (Projet 01), l'action a consisté en l'organisation d'une vie sociale improvisée sur deux journées consécutives sur le terrain vague dédié à la future construction. Il s'agissait de prendre contact de façon festive avec les habitants de tous âges et aussi d'observer avec attention flux et comportements des uns et des autres, au regard de la configuration des espaces publics environnants. En intégrant à l'équipe de conception en amont de la phase projet,  un petit cirque, ainsi qu'un précurseur en matière de structures mobiles et gonflables (Giles Ebersolt, futur concepteur du radeau des cimes), l'action a été l'occasion de tester une démarche "d'Avant-projet" consistant à retarder la phase de "projet" de la conception architecturale et de valoriser dans un premier temps une observation sans présupposés: Soit une première façon d'habiter le centre cultuel à venir et investissant les sols de la ville. 

Court-circuit

Il y a de plus en plus de lieux inconnus. Autour de nous le nombre d’endroits où aller augmente chaque jour. Nous les aimons, ces lieux. Nous ne savons pas où ils sont. Ils apparaissent, ils s’effacent. Et si vous revenez, surtout ne cherchez plus, n’attendez rien. Ne revenez jamais. Venez. Venez à chaque fois. Ne cherchez pas l’adresse. L’adresse n’est ni ici, ni là-bas. Ici il n’y a pas d’adresse. Vous déplacez l’adresse avec vous. L’adresse c’est vous. L’adresse est un état provisoire rencontré par hasard. Dans cette insurrection du temps vous êtes l’intersection fugitive, le creux de l’espace, la posture intransigeante : vous êtes là, dans l’instantané des territoires et la réduction du temps.
Un enquêteur cherche un criminel et trouve Dieu. Le procureur dévoile les faits en soixante-dix-mille lignes. Un par un, les soixante-dix-mille voiles tombent, et la mémoire est en friche. Oublier c’est voir encore. En fait il n’y avait rien de caché. Et du texte, il ne reste que la tranche du papier. Communiquez ! Communiquer quoi ? Communiquer c’est désemparer le réel. Les affiches sont en pelure d’oignon. Les unes derrière les autres. Toutes plates… Le raplapla à toute vitesse, sans profondeur aucune. Le réel est un instantané plat : les façades sont en carton. Les embouteillages sont des bals masqués. La boulangère est Angèle de Foligno. Il n’y a pas de métaphores, juste des rendez-vous. Les rendez-vous sont par tranches. Pas d’espace à 2, 3, 5… à 25 dimensions. Le réel est désespérément plat, sans profondeur et sans trajectoire. Pour absorber l’inertie, tombez ! Tombez toujours, tombez sans relâche. Changez de site. Changez les rites. Changez les chapitres au hasard et vous verrez que rien ne bouge. Regarder les pages en face brûle les yeux. Lisez la tranche. La tranche du papier c’est l’éclipse de l’écriture, l’émergence du presque rien. Peut-on ventiler les points de fuite ? Il faut ventiler les points de fuites pour voir. L’objet n’appartient plus. Refuse. Refuse de faire signe. Ne se destine plus. En quête d’apparence, ne parle plus. Lorsque passé, présent et futur font surface, nous avons besoin de langues étrangères sans exception aucune. Ici il n’y a presque rien à voir et pour le voir soyons l’étranger. L’étranger permanent. Celui qui allume la lumière des phares, l’étranger total, le saltimbanque égaré au milieu du rire des enfants. «Je ne déteste pas faire la guerre avec ceux qui ont choisi leur façon de déserter», dit le capitaine Varin à Grange 1. Alors que le front des Ardennes est sur le point de déferler sur la maison forte, il fit : «Je me plais ici.». C’est peut-être cela habiter. Habiter c’est admettre l’indigence ontologique de l’être humain et cette indigence est un état des lieux. Dans les appartements, la pulsion des écrans crible les murs, force les fenêtres, et les visages ne sont plus que ce halo mince. Lorsque les masques auront épuisé tous les grains de lumière et que les graves s’amoncelleront en flocons de cendres humides il ne restera plus sur nous qu’un sourire maladroit, une larme séchée et quelques kilos déplacés sur le divan de skaï. L’image blanche est l’arme du soir.
- Ce bruit ? Quel est ce bruit ?
- Autour de nous il n’y a que des efforts de guerre. Et les efforts de guerre ne sont que les bruits de complaisance du monde. La radicalité est une expression d’une «pensée forte». La pensée «forte» est une pensée qui projette, isole le mental et assoupit la conscience. La polysémie de «l’imaginal 2» délie la monoculture du concept. Incorporer l’état d’équilibre entre «pensée forte» et «pensée faible» c’est rétablir le court-circuit, étendre l’oscillation du réel dans le plaisir du doute.
- Notre théorie est trop pauvre pour l’expérience, Albert Einstein.
- L’expérience est trop riche pour notre théorie, Niels Bohr.
Les chemins sont ouverts, il n’y a plus de hâte. L’horizon c’est l’ignorance plus la lumière. Ouessant, fin de l’Atlantique : tu es au cinéma du phare 3. Toutes les 29 secondes, 24 images déplacent le jour de l’écran. Par effraction, le présent entame le présent. L’histoire est peut-être cette insistance de la lumière à vider l’horizon. Ne voir que le début des films… Le peut-on ? Entrer, et ne voir que le début. Voir cet instantané de la lumière à chaque fois, dès que possible et ressortir. Ne pas rester. Demeurer dans ce soudain éblouissement. Et en sortant, tourner avec la nuit. Dehors, la nuit s’épaissit à coup de hache. Au pied de la tour, les faisceaux accélèrent les corps, et nous tournons aussi. Venir ici réactive la pratique du doute.
Et si la précarité était nécessaire au déploiement de l’espace ? Le milieu de l’espace ne se voit pas, il se joue. Marchez sur l’horizon. Quand la coque touche le quai, on est île contre île, on est deux fois inerte. Qui sommes- nous dans l’intervalle ? Dans l’intervalle vous êtes le faux-contact et vous tendez le trouble. Quand on fait corps avec le vide, on vide son corps étranger, on est le fret. Et hop… sans prise, on passe… On passera. On passe sur la planche en équilibre. Vous n’avez aucune prise car il n’y a pas de prise. Et surtout n’oubliez pas de vous arrêter dans la chute. Ici, au milieu : on est l’imprévisible.
Pierre Lafon

1. Julien Gracq, Un balcon en forêt, Paris, José Corti, 1958.
2. Voir Henri Corbin, présentation des conceptions du maître Soufi Ibn’Arabi «mundus imaginalis», intervention de David L. Miller au colloque de Cordoue, Science et Conscience, Paris, Stock, 1980.
3. Le phare d’Ouessant s’appelle Créac’h : 2 éclats blancs, 29 secondes, 34 milles par temps clair, 2 milles par temps de brume, nautophone 2 sons toutes les 120 secondes. Le cinéma d’Ouessant est installé sous le phare de Créac’h.

Court-circuit, Les cahiers de la recherche architecturale et urbaine. Sans doute ? Cent architectes parlent doctrine, Pierre Lafon, Marion Faunières, octobre 2000, 5/6, éditions du Patrimoine, Paris 2000.